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jeudi 16 avril 2020

épisode 178 : Confinement pédagogique et reprise de blog


          Bien le bonjour lecteur confiné. En cette période de confinement, il y a un mois de cela, quand notre classe politique a annoncé d'une même voix (humm) la fermeture des établissement scolaires, je me suis imaginé chez moi, diffusant un peu de travail de temps en temps à mes élèves, avec le temps de faire ce que je repousse depuis des mois. Comme par exemple lire, faire du jeu vidéo, ou même écrire un peu ici. "Profiter" du confinement quoi. Fou que j'étais. Après des débuts un peu chaotiques quant à la mise en place des "outils numériques", les cours à distance se sont très vite déployés. Alors oui, c'est moi qui décide comment je mets en place mes cours pendant cette période. Et bien entendu, je n'ai pas tenu compte de notre emploi du temps normal; je me suis dit que j'allais faire entre 3 et 4 heures de cours par classe (et par semaine), en laissant de côté les cours en demi groupe. Et de prime abord, je me disais, moins d'heures, aux horaires de mon choix, parfait ! Du repos en perspective ! A l'issue de premier cours, je me suis très vite aperçu du premier problème inhérent à la situation, il manque des élèves à chaque cours ! Qu'il ne peuvent ou ne veulent venir, aucune séance ne s'est faite avec une classe complète. Cela dit, avec des fréquentations de 60% minimum sur tout le premier mois de confinement, je remercie vraiment les élèves qui sont présents à chacune de mes séances; la moyenne étant plutôt proche de 80 à 85% de présents !

Et comme conséquence de ces absences aux cours en ligne, je me suis aperçu que chaque exercice, chaque activité, chaque propriété que l'on expliquait en cours devait avoir une correction détaillée, complète, tenant compte des remarques importantes que je pouvais faire. Chose que je ne fais jamais en temps normal; pas besoin, vu que les élèves sont en cours et suivent la correction qui se fait en direct au tableau. Et quand un exercice est préparé, pour un cours en ligne, le travail n'est donc qu'à moitié fait, et s'en suit forcément une longue rédaction. Ainsi les quatre premières semaines du confinement ont été plus remplies qu'une période de travail au lycée ! Et donc, pour les sessions de lecture, de jeu ou autres, heureusement que les vacances sont arrivées !


          Première conclusion des cours effectués pendant le confinement, comme on peut le voir ci-dessus, il va me falloir beaucoup plus de feutres, et de couleurs quand on reprendra les cours au lycée ! Sinon, voyons les choses du bon côté : si le système de cours à distance mis en place par le CNED a été compliqué le premier jour, une fois pris en main, force est de constater que ça fonctionne vraiment bien !

Le professeur  a la possibilité d'écrire sur un tableau virtuel, à la main ou au clavier, d'apparaître ou non à l'image (ce qui au final s'avère inutile, la possibilité de couper la caméra m'a permis de changer d'apparence sans avoir les élèves qui ne parlent que de ça pendant une heure), de partager un écran ou une application en direct, de stocker des fichiers dans sa "classe" pour les partager d'une séance à l'autre... bref une souplesse assez cool, avec la possibilité de permettre ou non aux élèves de partager des fichiers, écrire au tableau, partager leurs flux vidéo et audio... Le tout sans rien à installer pour qui que ce soit !

Et les cours à distance, ça permet aussi d'avoir de très bonnes surprises comme ci-dessous:



Alors, tout ça pour dire que le confinement n'a pas aidé à la régularité du rythme de publication sur ce blog. Mais là, plein de nouveaux articles arrivent d'ici la fin du confinement. On va parler de quoi..? Disney + un peu; le jeu de plateau à distance aussi; et sûrement du Star Wars et peut être même un compte rendu lecture ! Bon, sur ce, je vais aller bronzer un peu sur mon balcon; je vais finir bien plus foncé qu'après les vacances d'été ! Bon, malheureusement, c'est pas dit que je n'ai pas pris une taille de pantalon ou deux à l'issue du mois qui arrive...

Pour finir, juste une petite anecdote qui m'a bien fait rire quant à Disney +. A mon premier jour d'utilisation sur la plateforme, je préviens mon fournisseur officiel (il est possible que je partage un écran, enfin, squatte...) que j'ai créé un profil pour ne pas pourrir ses historiques de vues. Et voici ce qu'il s'en suit, une comédie en deux soirées :

Première soirée, je n'avais pas compris la réponse (lol) sur le nombre d'épisodes, comme il y a aussi une série animée sur la princesse Disney je n'ai pas poussé plus loin les investigations. Et deuxième soirée, je me rend compte que ma réputation de fan de Star Wars dépasse même ce que je dis... Il parait que ma crédibilité et ma virilité en ont pris un coup, tant pis, c'est cool les films d'animation Disney ! 



lundi 17 juin 2019

épisode 153 : Le Bac




Lundi matin, 7h30, du soleil et je suis déjà debout. C'est la première fois de l'année que je suis dehors dès le potron-jacquet. La raison est toute simple, c'est le bac! Je ne sais pas ce qu'il en est ailleurs, à dire vrai je ne sais même pas ce qu'il en est dans le reste du lycée, mais dans ma salle et son petit bout de couloir adjacent, pas d'influence de la grève des enseignants.  Ceci dit, les élèves sont plutôt détendus, normal ce sont des élèves de filière scientifique abordant une épreuve littéraire à la manière d'un Federer abordant le tournoi de Halle. Preuve en sont les questions "Épreuve c'est quoi déjà? Attends, je regarde comment tu as écrit philosophie... y a pas de f ? Et baccalauréat, y a deux c ?"
Au menu donc de cette matinée, philosophie pour la filière scientifique. Au choix:

La pluralité des cultures fait-elle obstacle à l'unité du genre humain?

Reconnaître ses devoirs, est-ce renoncer à sa liberté?

Ou une petite explication d'un texte de Freud de 1927:

La science a beaucoup d'ennemis déclarés, et encore plus d'ennemis cachés, parmi ceux qui ne peuvent lui pardonner d'avoir ôté à la foi religieuse sa force et de menacer cette foi d'une ruine totale. On lui reproche de nous avoir appris bien peu et d'avoir laissé dans l'obscurité incomparablement davantage. Mais on oublie, en parlant ainsi, l'extrême jeunesse de la science, la difficulté de ses débuts, et l'infinie brièveté du laps de temps écoulé depuis que l'intellect humain est assez fort pour affronter les tâches qu'elle lui propose. Ne commettons-nous pas, tous tant que nous sommes, la faute de prendre pour base de nos jugements des laps de temps trop courts ? Nous devrions suivre l'exemple des géologues. On se plaint de l'incertitude de la science, on l'accuse de promulguer aujourd'hui une loi que la génération suivante reconnaît pour une erreur et remplace par une loi nouvelle qui n'aura pas plus longtemps cours. Mais ces accusations sont injustes et en partie fausses. La transformation des opinions scientifiques est évolution, progrès, et non démolition. Une loi, que l'on avait d'abord tenue pour universellement valable, se révèle comme n'étant qu'un cas particulier d'une loi (ou d'une légalité) plus générale encore, ou bien l'on voit que son domaine est borné par une autre loi, que l'on ne découvre que plus tard ; une approximation en gros de la vérité est remplacée par une autre, plus soigneusement adaptée à la réalité, approximation qui devra attendre d'être perfectionnée à son tour. Dans divers domaines, nous n'avons pas encore dépassé la phase de l'investigation, phase où l'on essaie diverses hypothèses qu'on est bientôt contraint, en tant qu'inadéquates, de rejeter. Mais dans d'autres nous avons déjà un noyau de connaissances assurées et presque immuables.

Les trois sujets me tentent bien. Bon le premier un peu moins que les autres: il est très intéressant, permet facilement de parler de différents peuples, de différentes cultures que nombres de choses semblent opposer mais qui se complètent ou peuvent se retrouver sur des sujets transcendants. Ceci dit, des exemples comme des religions répandues (imposées) à travers le monde ont dépassé des cultures; de grands événements culturels ou historiques réunissent aussi au delà des cultures.
En tous cas, le second sujet fait écho à mon article précédent et à nombre de choses qu'on voit passer sur le net. Pour vivre en société sans s'anéantir mutuellement on a forcément besoin de règles et de devoirs qui semblent restreindre nos libertés. Mais bon, les libertés de chacun ne s'arrêtent-elles pas où commencent celles des autres?

Tiens, au point où j'en suis, il est actuellement 9h20 (oui, j'ai publié cet article plus tard, ne sachant pas trop quelle est la restriction niveau fuite des sujets pendant les épreuves), et de nombreux candidats autour de moi ont déjà noirci des pages et des pages de... brouillon... d'une écriture aussi propre que s'il s'agit de la copie. De mémoire, j'ai toujours uniquement mis au brouillon un squelette de travail, avec les grands axes, quelques points cruciaux et tout le reste venait directement sur la copie, à la fois dans l'optique de ne pas perdre de temps et parce que je déteste écrire deux fois la même chose (je vous parle même pas du dernier bug de blogger qui m'a fait réérire un article de deux heures...).

Quoi qu'il en soit, revenons-en au texte, que je trouve totalement d'actualité aujourd'hui, presque cent ans après son écriture. Cent ans, qu'est-ce donc? Oui, la science a progressé depuis; la preuve, j'écris cet article sur une machine de précision dont la puissance aurait fait fantasmer les ingénieurs il y a seulement quelques dizaines d'années. Et si la science semble opaque avec ses termes quantiques repris par les plus grands charlatans pseudo scientifiques pour vendre des bouts de quartz ou des thèmes astraux guérissant les cancers du colon, c'est parce qu'elle explique de plus en plus de choses et commence alors à poser des questions sur des concepts qui n'existaient même pas jusqu'ici. Mais la science continue de progresser et de se poser des questions, et l'obscurantisme continue d'exister aussi, et pas uniquement religieux. Quoique... Quand une croyance est suffisamment ancrée pour que toute démonstration scientifique ne fasse que tomber dans le vide, on n'est pas si loin d'une croyance religieuse envers toutes ces pseudo sciences. Je trouve cet extrait vraiment intéressant; bon c'est pas ce que j'aurai choisi, j'ai toujours eu du mal à faire des commentaires de textes. Surtout que celui-ci me semble très clair, j'ai pas du tout envie d'y rajouter quoi que ce soit.

Ah, il est 10h, la première copie est rendue, prenant comme exemple Huxley et le black métal, je ne peux que plussoyer. J'espère que tous les candidats et toutes les candidates auront passé un moment sympa et surtout couronné de succès.

mercredi 5 juin 2019

épisode 151 : De la hiérarchie des matières

"La science ! LA SCIENCE !"

Le mois de juin, son soleil, ses averses orageuses impromptues... Tout ça sent sacrément bon les vacances scolaires! Mais avant tout ceci, il y a une étape à laquelle on ne peut pas couper: les conseils de classe. Encore une activité fort sympathique qui fait rentrer les professeurs chez eux fort tardivement. Mais ce n'est pas l'article pour parler de la réputation que notre profession continue de se trimballer.
Les conseils de classe c'est surtout l'occasion pour les classes de seconde de valider leurs choix pour la nouvelle classe de première. Une classe de première dont la peinture Blanquer n'est pas encore sèche qu'on se demande pourquoi on en a tant mis partout. Pour les élèves restant dans une filière générale, le contenu est à présent séparé entre le tronc commun et des spécialités à choisir. 

Alors, le tronc commun, voici les ingrédients de cet étrange appareil:
- du français,
- de l'histoire et de la géographie,
- de l'enseignement moral et civique,
- des langues vivantes (deux),
- du sport (pardon, je trolle les collègues professeurs d'éducation physique et sportive),
Et enfin une dose d'enseignement scientifique.

Je ne m'étrangle même plus en écrivant que les mathématiques disparaissent de l'enseignement obligatoire de la classe de première. Observons maintenant les ingrédients facultatifs avec lesquels nous pouvons épicer notre délicieux ragoût.

Il ne te plait pas mon ragoût?

Pour le prix de la classe de première, trois ingrédients au choix, seulement deux resteront en terminale.

Vous avez fait votre choix?

Personnellement, le lycée, ça commence à dater, même si j'ai l'impression de ne jamais l'avoir quitté. C'est ça d'avoir passé plus de temps dans le même bahut comme élève que comme prof. Si mes années de lycéen n'ont pas forcément été les meilleures de ma scolarité, il n'en reste plus maintenant que les bons souvenirs. Ceux-ci incluent des parties de Magic à la cafèt', des parties de JDR à la cafèt', les voyages scolaires en Italie avec les cours de Latin, des parties de Magic à la cafèt'... Non obstant ces quelques exemples somme toute assez peu liés au contenu du programme scolaire (ce que je déplore bien, enseigner un peu de stratégie fût-ce en jouant à Magic à la jeune génération ne pourrait pas leur faire de mal), j'ai aussi apprécié suivre des cours comme Histoire, Latin ou Philosophie. Cours que j'ai suivis jusqu'au bac. En filière scientifique bien sûr. What Else? (Ne nourris pas le troll ami à la formation littéraire, je t'aime quand même).

Ces cours, j'ai pu les suivre en les ayant pour certains choisis comme option, pas au détriment d'autres matières que je considère comme capitales. Je conçois très bien que l'épanouissement des élèves passe par un choix de leur part dans les enseignements proposés, qu'on n'est pas là uniquement dans l'optique de diffuser des connaissances pour décrocher un job, et que les spécialités proposées puissent vraiment s'avérer intéressantes et enrichissantes. Cela dit, c'est toujours mieux que les études offrent plus de débouchés que l'upr de députés. Certains élèves choisissent de reconstituer la défunte filière S (qu'elle repose en paix) quand d'autres se font un petit panaché Danse, Latin, Espagnol.
Tenez d'ailleurs voici le détail de la spécialité "Arts ".




  • Arts du cirque : tu devras réaliser une prestation personnelle, réfléchie et riche en références.
  • Arts plastiques : tu découvriras la diversité des démarches artistiques, des oeuvres, de leurs interprétations, etc.
  • Cinéma-audiovisuel : tu pourras écrire, mettre en scène, filmer, monter et découvrir divers métiers, techniques ou contraintes économiques.
  • Danse : tu conduiras un travail chorégraphique personnel et approfondiras ton questionnement sur cet art.
  • Histoire des arts : tu étudieras les différentes formes de création artistique et leur contexte de création, et visiteras des institutions culturelles.
  • Musique : tu réaliseras des projets musicaux et acquerras une large culture musicale.
  • Théâtre : tu pourras pratiquer, tout en développant ta culture théâtrale.


  • Tout ceci semble fort sympathique n'est-ce pas? Et puis c'est sans hiérarchie aucune dans le choix de nos ingrédients supplémentaires. Ils sont tous au même tarifs! La possibilité ainsi de se concocter un bac sur mesure, avec uniquement des desserts qu'on aime bien. C'est peut être pas totalement équilibré... Mais du coup on peut se retrouver face à des choix de menus comme Danse, Latin et Anglais. Des matières qu'on pouvait déjà choisir de mon temps.

    Garde les pieds sur terre gamin et apprends au moins à faire une multiplication!

    Sauf que de mon temps, celui qui choisissait Arts plastiques, Latin, Danse... ne le faisait pas au détriment d'autres matières. D'ailleurs quitte à offrir une pléthore de choix artistiques, pourquoi n'avoir rien mis sur le jeu? Je suis très déçu. Avec l'essor du jeu de société, la démocratisation du jeu vidéo et l'e-sport qui fait son militant upr pour tenter d'entrer aux JO, ça me semblerait plus pertinent d'en proposer que de proposer du cirque !

    Forcément on va dire que je défends ma crèmerie ainsi que les autres matières scientifiques. Et on sera sûrement un peu dans le vrai. Mais quand on se targue de posséder en France des filières de haute technologie, des découvertes scientifiques à la pointe du progrès, il faut conserver une certaine cohérence... Et il ne faudra pas s'étonner dans quelques années de voir les futurs bacheliers se plaindre que la version 7.78.4 de Parcoursup leur refuse l'admission au Circus Maximus malgré leur spécialité estonien...
    Parce que pimenter la fin de sa scolarité pré-bac avec des matières qui donnent l'eau à la bouche, oui, je suis pour. Mais laisser toute une génération de futurs bacheliers tenter de passer la porte d'une fac, d'une grande école ou simplement du monde du travail sans aucune connaissance scientifique, ça me semble très peu fair play. Ne me dites pas que ceux qui n'auront suivi que le teaser, l'apéro des cours de sciences en s'arrêtant après la seconde auront des restes après le bac. Et la majorité des grandes écoles et des filières post-bac demandent des maths. Il ne faudra pas compter sur une fac pour compenser les lacunes en proposant des remises à niveau capables de repartir à zéro. Aucun club sportif de haut niveau ne va débourser le moindre kopeck pour recruter quelqu'un dont les seuls hauts faits sportifs seraient d'être venus à l'entretien, sur le seul principe: on va l'entraîner à partir de rien, vous allez voir, d'ici 5 ans il va tout déchirer!
    Et puis c'est vrai, les sciences, et les mathématiques en particulier, qui s'en sert réellement tous les jours? Wait... Ah oui, les politiciens, les publicitaires, les journalistes sensationnalistes... Tout ce beau monde qui ne cherche qu'à biaiser les chiffres pour manipuler l'électeur, l'acheteur, le téléspectateur... Rien de bien méchant, "n'est-ce pas ?"

    Comment est votre blanquer? Le patron vous présentera quelques bacheliers 2021, vous vous ferez une idée.


    Jusqu'ici cet article est très scientifiquo-mathématiquement centré. Bon ben c'est normal non? Je parle de ce qui m'intéresse. Mais tout ce que je dis jusqu'ici ne me semble pas inepte si on prend un point de vue littéraire. C'est vrai qu'un élève de l'ancienne série L avait abandonné toute matière scientifique depuis un moment en arrivant sur les bancs du bac. Mais la littérature ou la philo qui les remplaçaient peuvent comme les maths céder la place au cirque. En piste les futurs bacheliers 2019 ! 
    J'espère simplement que la majorité des élèves auront compris le système, d'ici un an ou deux quand il sera rodé et qu'ils éviteront de se faire un menu entièrement de bonbons, sans une petite dose de féculents qui tient au corps!



    Bon, sur ce le prochain conseil de classe va commencer. Je plaisante bien sûr. Il n'y a pas de conseil de classe le mercredi soir. Et puis qui s'amuserait à blogguer en pleine séance? Un peu de sérieux voyons!

    mercredi 13 mars 2019

    épisode 137 : Vivent les maths




    Aujourd'hui c'est mercredi, et comme chaque mercredi on fait passer les TPE aux élèves de première. Et en sciences, les TPE c'est pas toujours réussi. En effet, il y a deux sortes de TPE, ceux qui maîtrisent leur sujet et les autres. Malheureusement, ces derniers représentent un pourcentage bien trop important. Concernant les pourcentages justement, penchons nous un peu sur ce que les élèves pensent être des mathématiques.


    Mais avant, pour vous qui n'êtes pas forcément dans le métier ou qui avez quitté le système scolaire pré-baccalauréat depuis un bout de temps, remettons les choses en contexte. Les TPE, ou Travaux Personnels Encadrés, sont une épreuve du bac général qui se présente sous la forme d'une recherche débouchant sur un exposé et un rapport écrit. En gros, il s'agit d'une version lycée d'un travail de recherche supérieur avec son mémoire de recherche. Déjà, voir des élèves ne même pas savoir ce que l'acronyme veut dire, ça pique salement les yeux. Oui, bon, je sais, l'éducation nationale balance toujours trop de sigles et d'acronymes imbittables, mais quand même... Taffer six mois sur un truc et ne même pas connaître le nom du truc en question...

    Selon les classes, les élèves doivent trouver un sujet respectant uniquement deux conditions : suivre les matières enseignées par leurs encadrants et correspondre aux thèmes de l'année en cours. Les thèmes sont assez vagues et interprétables pour qu'on puisse y balancer un peu n'importe quoi. En revanche, y mettre des mathématiques, ça semble bien plus compliqué pour la majorité des jeunes lycéens. Et même en première S, pour beaucoup, les maths c'est juste des nombres. Ahlala les pauvres enfants, c'est tellement restreint et nul comme vision des maths, mais tant pis.  Donc mettre des maths dans une étude revient juste à plaquer une chiée de nombres par dessus. Et quoi de mieux que des statistiques ou des pourcentages ?

    Il y a trois semaines je m'affligeais du niveau d'obscurantisme galopant actuel. Et les statistiques personne ne sait s'en servir, à commencer par les politiciens et tous les autres charlatans qui veulent nous faire gober de la merde par paquet de 15 kilos. Mais le problème, c'est qu'on n'a même plus les connaissances pour se rendre compte qu'on nous dit n'importe quoi. Pour s'en convaincre, il suffit de voir comment des futurs étudiants en science utilisent des statistiques. Bien sûr, pour des raisons évidentes les exemples suivants sont anonymes, modifiés et toute ressemblance avec des TPE ayant réellement existé serait purement fortuite.



    La voiture du turfu

    Les véhicules autonomes façon Google Car c'est vraiment l'avenir parce que c'est d'une fiabilité à toute épreuve. Ben oui, rendez vous compte, en 2018, en France les véhicules conventionnels font plus de 200 morts par mois, et les voitures autonomes seulement 1 mort sur toute l'année.
    Les journalistes font tous la même connerie... Mais comment voulez vous comparer les millions de véhicules français au nombre bien plus restreint de véhicules autonomes, en phases de test, autorisés à rouler sur des zones spécifiques.... 




    Souvent l'âge varie, bien fol qui s'y fie

    Quand on ne sait pas quoi faire pour faire des maths, on rajoute un petit sondage pour en effectuer une étude statistique. Ineptie pour la majorité des cas. On étudie par exemple le nombre de cas de pararibulitis dans la population française. Pour cela le mode opératoire est souvent identique, on mitonne un petit questionnaire à envoyer au plus grand nombre et on dépouille les réponses avec les connaissances statistiques dont on dispose.
    Et immanquablement on tombe dans deux erreurs béantes. La première question étant l'âge du sondé, que se passe-t-il quand on prend cette réponse comme série statistique ?
    On a beau avoir calculé des moyennes, des médianes, des quartiles, des écarts types et autres joyeusetés statistiques, et bien on a fait tout ça simplement sur l'âge des gens qui ont répondu au questionnaire. Et du coup, quel rapport avec le pararibulitis ? Aucun bien sûr ! Mais on a une étude statistique très poussée des gens touchés non par la maladie étudiée mais par la diffusion du questionnaire... Intéressant mais totalement hors sujet...
    Et si on a compris le truc, on finit quand même par tomber dans l'autre erreur typique. À votre avis, qui est touché par un questionnaire diffusé par des élèves ou par l'administration d'un lycée ? Et bien globalement d'autres élèves et des parents d'élèves. Soit à peu près plus de 50% de gens entre 15 et 19 ans, et quasiment tout le reste entre 35 et 50 ans. Pas tellement représentatif de notre population tout ça non ? Et du coup, quelle valeur peut avoir un résultat indiquant un pic de pararibulitis autour de 18 ans si on ne tient pas compte des tranches d'âge complètement absentes de notre étude ? Aucune bien sûr !




    Mais il ne s'agit pas de jeter (uniquement) la pierre aux élèves, ni de s'autoflageller en dénigrant la qualité de l'enseignement pratiqué à ces chèrs écolièrs. Nous baignons de tous les côtés dans des inepties statistiques, et ce, depuis des années. Le titre des Échos ci-dessus est-il vrai ou faux ? On va admettre que c'est vrai, mais c'est débile. Une preuve supplémentaire que les statistiques, chacun essaye de leur faire dire n'importe quoi. Eh oui, réfléchissez un peu. Ça veut dire que trois accidents sur quatre sont dus à des gens sobres. Sans plus d'information, logiquement il faut donc en déduire que picoler avant de prendre la route c'est plus sûr !
    La base, que chacun devrait éviter de perdre de vue, c'est la population globale qu'on étudie. On ne peut pas comparer proprement des trucs qui ne font pas partie du même ensemble. Et surtout, ne pas donner l'ensemble qu'on étudie, c'est de la manipulation purement et simplement. Et je ne sais pas ce qui est pire : qu'elle soit volontaire ou juste due à de l'incompétence. Par exemple, avancer que l'exposition à l'une ou l'autre substance soi-disant cancérigène augmente de 50% le risque de cancer quand on double la dose peut s'avérer une non-information. Surtout si l'on ne précise pas que les cancers liés à la dite substance ne sont que deux cas sur 500. Forcément, une augmentation du nombre de malades de 50% ça revient alors à avoir 3 cas sur 500. Mais ça reste toujours trop faible pour faire un quelconque lien avec la substance incriminée.

    Les statistiques, non seulement on leur fait vraiment dire n'importe quoi, mais il faut surtout savoir les décrypter pour ne pas se faire entuber par le premier gugusse venu (le gugusse fut-il un ou une candidate aux plus hautes fonctions du pays). Et je n'ai pas la prétention de fournir ici de quoi éviter de se faire avoir, j'espère simplement que les exemples précédents, et un soupçon d'esprit critique, permettront d'y voir un peu plus clair. Et pour finir, une petite citation britannique :

    "Je ne crois aux statistiques que lorsque je les ai moi-même falsifiées."


    jeudi 28 février 2019

    épisode 135 : Éduquons qu'il disait...

    _"Tiens, ce sont des jolis cailloux ça..."
    _"Oui, mais surtout elles sont utiles, elles permettent de se sentir mieux, elles ont des vertus !"


    _"Monsieur, on voudrait faire notre TPE sur le magnétisme."
    _"Ah oui, pourquoi pas, vous pouvez préciser un petit peu?"
    _"Eh bien il y a des gens qui y sont sensibles, qui ont des facultés..."

    _"Des sorciers ? qui parle de sorciers?"
    _"Ça existe monsieur, si si, y a des pays où y a des gens qui ont des pouvoirs; y a des sortilèges, ça existe !" 


    Il paraît que le niveau scientifique n'a jamais été aussi élevé qu'à notre époque; que l'obscurantisme n'a jamais été si peu répandu... Peut-être est-ce vrai. Peut-être tout ce qui se répand sur le web n'est pas plus important qu'auparavant, seulement plus visible. Parce que c'est vrai que l'outil magnifique qu'est Internet permet de rendre accessible l'ensemble de nos connaissances en quelques clics. La toile permet aussi de donner une tribune à un nombre énorme de créateurs et d'artistes qui ne réussiraient jamais à percer autrement. Malheureusement, comme tribune pour faire entendre sa voix, le net ne fait aucun tri, aucune classification. Attention, je ne suis pas en train de vouloir mettre au point une censure d'Internet, ou une sorte de police de la pensée. Mais je ne peux qu'être attristé du nombre d’âneries qu'on peut trouver en parcourant la toile. Et notamment du nombre de théories ou de concepts faux qui ont de plus en plus d'adeptes. Au début de l'année 2019, on a vu fleurir le #10 years Challenge un peu partout sur les réseaux sociaux. Si elle n'est qu'un gag, l'illustration suivante est aussi vaguement symptomatique de ce dont on parle. Comment en est-on arrivé à voir se répandre la croyance que la Terre puisse être plate?


    Hahahaha !!! ... mais en fait, c'est à pleurer...

    Je suppose que nos grands parents ou leurs parents avaient aussi moult croyances, totalement à l'opposé des connaissances scientifiques. Mais des remèdes de grand-mère (certains trucs sont vrais, et le soin par les plantes existe vraiment) ou des superstitions n'ont pas vocation à être dangereux ou à se répandre partout. Mais actuellement, on trouve certains "magasines" de santé qui diffusent des idées débiles, ou des groupes qui postent des vidéos avec des audiences de plus en plus importantes. Quand il s'agit de s'insérer de l'ail ou du persil par tous les orifices, on peut admettre que ça ne menace pas directement la santé de la population, mais plutôt le bien-être de certains d'entre nous. Mais quand on en arrive à lutter activement contre la vaccination (qui est l'un des facteurs de notre espérance de vie actuelle par rapport à la cinquantaine d'années il y a encore peu de siècles), on lutte alors contre la santé de l'ensemble de la population. Et ce genre de croyance, dont certaines sont vraiment dangereuses s'ancrent aussi dans une part de théories du complot, qui font des scientifiques des agents des gouvernement qui mentent à la population...  Tout ceci commence à me faire faire sérieusement réfléchir, voire même presque peur. 



    Les petits dialogues qui ouvrent cet article, je les ai eus avec des élèves de lycée, de première pour être plus précis. Et pour l'un d'entre eux, avec un groupe d'élèves de filière scientifique... Mais peu importe le niveau, ou la filière... Même dans les plus grandes écoles, ou dans les formations des enseignants de demain on trouve des exemples (heureusement, pas des masses) de croyances qui sont des non-sens scientifiques... Alors si la solution qui semble la plus pérenne, la plus logique, la meilleure: l'éducation, si cette solution ne fonctionne pas bien, où va-t-on? Comment faire pour renvoyer l'obscurantisme à l'obscurité?

    C'est très difficile de bien faire la part des choses, surtout quand certains médias; et je mets Internet dans le lot, font tout pour ancrer une croyance dans l'esprit des masses. Squeezie se met à faire des vidéos diffusant aux plus jeunes (à des millions d'entre eux) des idées fumeuses sur les pyramides, la télévision publique (ah tiens encore un argument pour ne pas la regarder) invite à se défendre des scientifiques déchus par leurs pairs comme s'ils étaient dans leurs bon droit, et des associations vont même jusqu'à payer pour affréter un navire qui va prouver que la Terre est plate... Et le web, enfin Google (enfin, c'est pareil non?) contribue à tout ça, grâce à ses suggestions personnalisées, et à ses algorithmes de recommandations. Une fois qu'on est tombé sur une de ces vidéos, l'algorithme de Youtube ne fait qu'enchaîner les vidéos sur le même sujet, confortant l'utilisateur, presque malgré lui, de la véracité des propos qu'il regarde !

    Je ne sais pas si ça suffirait, tout dépend de l'âge auquel on s'attaque à ce genre d'éducation, mais une éducation aux médias, à la méthode et à la rigueur scientifique serait au moins un début. Et ce genre de truc est vaguement prévu par l'Education Nationale. Oui, oui, il paraît. Une légende que l'on raconte au coin du feu, dans les salles des profs... Bon, c'est pas comme si les profs avaient du temps à revendre, des créneaux de libre avec leurs classes... Au moins, et ce serait presque considéré comme d'utilité publique, nombre de youtubeurs ont des chaînes consacrées à l'esprit critique, à la zététique, au "débunkage" des pseudo-sciences qui au mieux ne servent qu'à remplir les poches de leurs gourous et au pire sont dangereuses pour l'ensemble des populations. En vrac, dans le désordre, allez voir les contenus créés par les gentils youtubeurs qui suivent :



         




    Que l'obscurantisme retourne à l'obscurité !